Contribuer à la bancarisation des populations en Afrique du Sud
Domaine d’intervention : Marchés financiers
Mise en œuvre : Capitec Bank
Pays : Afrique du Sud
Contexte
Avec un volume d’actifs de 361 Mds USD à fin 2007, soit 130 % du PIB, le secteur bancaire sud-africain est de loin le plus développé et le plus sophistiqué du continent. Pourtant, héritage du système politique de l’apartheid où l’activité se concentrait sur les couches supérieures blanches de la population, l'exclusion financière demeure le lot de 24% de la population sud-africaine en 2008. Près de 40 % de la population sud-africaine n’est pas bancarisée et seulement 30% de la population noire, qui représente près de 80% de la population du pays, dispose d’un compte bancaire.
Néanmoins les avancées au cours de ces dernières années sont significatives et contrastent avec les pratiques du début des années 1990 où le rôle de fournisseurs de services financiers aux populations en marge du système bancaire était assuré par une multitude de petits acteurs informels. Les chiffres actuels témoignent du développement récent des produits et services bancaires à destination des plus modestes : le taux de bancarisation de la population sud-africaine a progressé de 13 points entre 2006 et 2008, passant de 50 à 63%. L'essor de la bancarisation des plus modestes a été impulsé par le lancement en octobre 2004 du compte d’entrée de gamme « Mzansi » (« Sud » en Zoulou) offrant des services limités aux dépôts, retraits et paiements par carte de débit (en 2007, près de 5 millions de personnes possédaient un compte « Mzansi »), puis surtout par le développement d'institutions offrant des produits et services financiers plus adaptés à la clientèle modeste, contrairement aux banques traditionnelles (le compte Mzansi ne permet pas le prélèvement automatique et ne permet pas d’offrir des crédits à leurs détenteurs). Ces dernières années ont ainsi été marquées par le développement significatif des micro-lenders, dont le business model consiste en l’application de taux d’intérêt élevés, fonctions du risque que représente cette clientèle financièrement vulnérable.
Descriptif du projet
Fondée par deux banquiers, Capitec, banque de détail spécialisée dans l’offre de microcrédit et de services bancaires aux populations à faible revenu, a débuté ses activités en 2001 et est cotée à la bourse de Johannesburg depuis 2002. Opérant au travers d’un réseau de 360 agences couvrant l’ensemble du territoire sud-africain, Capitec est aujourd’hui le deuxième acteur du marché des prêts à faible montant en termes d’actifs (260 M EUR) et de nombre de clients (1,8 millions) derrière African Bank. Elle est la seule institution financière sur le segment des bas revenus à proposer une offre de services bancaires complète (micro-prêts, épargne, comptes bancaires, cartes de paiement,…).Sa clientèle cible est composée de populations ayant un revenu mensuel compris entre 180 EUR et 666 EUR, soit environ 19 millions d’individus. Ce sont des salariés à revenus modestes et intermédiaires s’endettant pour acheter des biens et services divers, payer les frais de scolarité, améliorer leur habitat, restructurer leur dette existante, etc. La maturité des prêts proposés tend à s’allonger. Elle varie entre un mois et 3 ans. Au cours de l’exercice 2008-2009, Capitec a octroyé près de 3,5 millions de prêts avec 3414 employés et ainsi de maintenir les coûts au plus bas.
Les ressources de Capitec proviennent essentiellement des dépôts de la clientèle. Cette ressource bon marché a la particularité d’être exigible et doit ainsi être complétée par des ressources long terme. Le 31/01/2008, Proparco a octroyé un financement sous forme de prêt senior de 150 M ZAR sur 5 ans à Capitec. Ce prêt libellé en rands accroît les ressources de la banque en monnaie locale à long terme.
Objectifs
L’intervention de Proparco dans le financement de Capitec s’inscrit dans sa mission d’amélioration de l’accès aux services et produits financiers des populations historiquement défavorisées. Le microcrédit est un instrument d’inclusion financière des populations qui n’ont pas accès au système bancaire traditionnel en raison de leurs revenus modestes et de leur profil de risque. Grâce à sa large gamme de produits et services financiers, Capitec répond aux besoins de ces populations, i.e. épargne, accès au crédit, moyens de paiement etc. Ainsi, Proparco concourt à améliorer la qualité des services en termes de diversité, de durée et de coût, aux côtés d’un acteur crédible et solide financièrement.
Les détracteurs du microcrédit lui opposent souvent des taux élevés. La donne est quelque peu différente en Afrique du Sud où une régulation stricte encadre les pratiques des institutions de microcrédit. Bien que les taux plafonds imposés par la régulation demeurent élevés, il convient de considérer les coûts incompressibles des micro-prêts, le profil risqué de la clientèle, et le coût accru de refinancement des institutions. En outre, les institutions de microcrédit offrent un accès au crédit à des personnes qui seraient autrement exclues du système financier ou dont la seule alternative serait de se tourner vers des loans sharks qui échappent à toute régulation.
Impacts
Via ce financement, Proparco participe à l’allongement des maturités des prêts de Capitec. Historiquement concentrée sur l’offre de concours à très court terme, Capitec a, au fil de sa croissance, développé des produits à plus long terme, nécessitant des ressources plus longues. Le montant moyen des prêts octroyés, en augmentation permanente, était de 150 EUR à février 2009 (contre 100 EUR à février 2007). La banque connaît ainsi une croissance de son activité sans précédent, essentiellement due au succès des prêts à 18, 24 et 36 mois respectivement lancés en octobre 2006 et 2007.
Par ailleurs, la présence parmi ses investisseurs d’une institution financière de développement à l’envergure internationale, telle que Proparco, confère à Capitec un gage certain de crédibilité sur les marchés financiers, lui permettant ainsi de lever des ressources plus facilement, comme l’illustre le succès du programme obligataire de 360 M ZAR lancé en mai 2008. En outre, d’autres institutions financières internationales, à l’instar du FMO et de Norfund, envisagent également d’investir aux côtés de Proparco dans Capitec.
Date et montants
Démarrage : 2008
Financement : ligne de crédit d’un montant de 150 M ZAR